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LA RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES

Méthodes de recherche en sciences humaines

3 Mars 2010, 13:55pm

Publié par I.S.

Les méthodes de recherche en sciences humaines sont des procédures définies qui sont utilisées en vue de développer la connaissance scientifique des phénomènes humains. La méthodologie des sciences humaines est l’étude de ces procédures.


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La connaissance scientifique se caractérise par la rigueur de ses raisonnements — mathématiques ou logiques — et par la précision de ses observations empiriques. La méthodologie joue un grand rôle en science (autant dans les sciences humaines et les sciences sociales que dans les sciences pures), car elle est le fruit d’une longue tradition de recherche et définit la manière scientifique d’étudier les phénomènes.


Le doute et l’incertitude que peuvent susciter des questions créent un malaise que l’être humain cherche à surmonter par la croyance. Généralement, nous nous contentons des réponses que nous fournissent la tradition, notamment religieuse, les personnes plus expérimentées que nous ou les experts dans un domaine donné. Quelquefois, nous réfléchissons sur nos propres expériences pour en tirer des conclusions personnelles.


D’autres fois nous consultons des ouvrages savants, comme des encyclopédies ou des monographies, et nous considérons les conclusions des experts comme des vérités. Ainsi, le doute et l’incertitude s’apaisent.


Cependant, ces méthodes pour établir notre croyance en quelque chose sont souvent fautives, incomplètes ou défectueuses. Il peut s’avérer que les moyens que nous avons adoptés pour trouver une réponse étaient inadéquats. Ainsi, les Grecs de l’Antiquité croyaient que la foudre était l’expression de la colère de Zeus ; aujourd’hui les météorologues nous apprennent qu’il s’agit plutôt de phénomènes électriques nés de la collision entre les nuages. L’Église catholique a condamné Galilée parce qu’il prétendait que la Terre était ronde et tournait autour du Soleil ; aujourd’hui nous savons que Galilée avait raison, que la Terre n’a jamais été plate et qu’elle n’a jamais été le centre de l’univers.


Les gens qui ont cru ces choses se trompaient. Des méthodes scientifiques : pourquoi ? Les méthodes habituelles que nous utilisons pour fonder nos croyances sont bien peu convaincantes. La tradition peut être juste, mais elle peut aussi être fondée sur une longue série d’erreurs et d’illusions répétées de génération en génération. Même les personnes d’expérience peuvent se tromper ou être limitées par leurs préjugés, leurs valeurs ou leur subjectivité. Les gens qui se sont opposés à Galilée étaient de grands experts et les meilleurs savants de leur époque ; pourtant ils étaient dans l’erreur. Pour ce qui est des expériences personnelles, vous savez très bien qu’elles sont toujours limitées et très subjectives, et donc qu’elles ne sont pas toujours fiables. Tout ce que les livres ou les médias véhiculent n’est pas nécessairement démontré et peut même se révéler tout à fait faux. Il faut donc se méfier de ces différentes sources de connaissances, même si elles sont souvent pratiques dans la vie quotidienne. Nous considérons des tas de choses douteuses ou improbables comme vraies : c’est ce problème que la méthode scientifique essaie de résoudre.


Évidemment, toutes les questions ne peuvent pas être résolues scientifiquement, et ce n’est pas là la prétention des vrais savants. Les questions métaphysiques, comme la question de l’au-delà et de l’existence de Dieu ou celles de la nature du bien et des raisons de la souffrance humaine, ne sont pas sujettes à un traitement scientifique en raison de leur nature même. Les scientifiques laissent ces questions aux philosophes, même s’il leur arrive souvent de faire des observations intéressantes dans ce domaine de réflexion.


Cependant, il y a un nombre indéfini de questions qui peuvent être abordées avec la méthode scientifique. Cette méthode se distingue par le fait que ses résultats sont reproductibles, fiables et souvent très instructifs et très solides. Sa puissance et son utilité ne sont plus à démontrer, nous en connaissons tous des exemples convaincants : le développement de l’informatique, la découverte du VIH à l’origine du sida, l’étude des effets négatifs de la pollution sur notre environnement, etc. Depuis plus d’un siècle maintenant, la méthode scientifique a été adoptée par la plupart des chercheurs en sciences humaines et on compte désormais de grandes découvertes en psychologie, en histoire, en sociologie, en linguistique et dans toutes les autres branches des sciences humaines.


La force de la méthode scientifique


La puissance de la recherche scientifique repose sur ses qualités propres. On peut en dénombrer huit.


1. Le caractère exhaustif et rigoureux des descriptions et des classifications. En science, les descriptions doivent être systématiques et complètes. La classification des éléments doit se faire sur une base logique et objective.


2. Le caractère systématique et exact des observations. Les observations ne doivent rien laisser au hasard et se dérouler de manière ordonnée et complète. Elles doivent être le fait de nombreux observateurs indépendants les uns des autres.


3. La reproductibilité des expériences. Les expériences doivent être menées et décrites de manière rigoureuse de façon à ce que le plus haut degré possible d’objectivité soit atteint. Toute expérience doit être décrite de manière à pouvoir être reproduite et vérifiée. L’objectivité est la capacité de reconnaître ce qui est réel, indépendamment de tout préjugé et de toute interprétation personnelle. C’est le contraire de la subjectivité. Être objectif, c’est demeurer neutre, impartial devant les faits.


4. la rigueur des concepts. Les concepts utilisés doivent être définis de manière rigoureuse, sans aucune équivoque, ou à tout le moins de la manière la plus exacte possible.


5. la logique des raisonnements. Les raisonnements, qu’ils soient inductifs, déductifs ou probabilistes, doivent être parfaitement clairs et doivent obéir aux lois de la logique (module 12 du manuel).


•  Un raisonnement inductif est un raisonnement basé sur un très grand nombre de cas ou d’observations, qui permet ainsi une généralisation.

•  Un raisonnement déductif est un raisonnement logique par lequel on tire une conclusion nécessaire à partir de prémisses.

• Un raisonnement probabiliste est un raisonnement reposant sur les probabilités et comportant une certaine marge d’erreur, par exemple 5 %.


6. La faillibilité des théories. Les théories qui expliquent les phénomènes en faisant intervenir des facteurs ou des causes particulières doivent être faillibles, c’est-à-dire qu’elles doivent avoir des conséquences concrètes qu’on peut potentiellement observer et qui vont permettre de confirmer ou d’infirmer les théories en question. Les théories qui sont compatibles avec n’importe quels faits et ne prédisent rien de précis ne sont d’aucune utilité.


7. Le caractère provisoire des conclusions. Toute conclusion scientifique, aussi ferme soit elle, doit être considérée comme vraie jusqu’à ce qu’on ait prouvé le contraire ou qu’on dispose d’une meilleure explication, plus exacte ou plus complète. Il n’y a pas de vérité définitive ni de vérité absolue en science.


8. La probité des chercheurs. Les chercheurs ne doivent jamais fausser ou modifier leurs résultats afin de les rendre conformes à leurs théories ou à leurs hypothèses. Ils doivent se soumettre volontiers à toute vérification extérieure au besoin.


Quels que soient ses résultats — que l’hypothèse de recherche soit confirmée, infirmée ou reformulée —, toute recherche scientifique aboutit à l’obligation d’entreprendre de nouvelles recherches. Ainsi, la recherche scientifique est-elle par définition un cycle sans fin, chaque recherche suscitant un ou plusieurs questionnements nouveaux. Ce processus est indépendant des individus particuliers. Il se peut qu’une recherche donne naissance à un nouveau sujet de recherche qui sera étudié bien des années plus tard ou à des milliers de kilomètres du lieu où la recherche a d’abord été faite. Ce caractère impersonnel de la recherche scientifique lui permet de progresser grâce à l’universalité de ses méthodes à travers des générations de chercheurs, indépendamment des frontières.


La recherche en sciences humaines

 

La recherche en sciences humaines prend différentes formes. Selon l’objectif poursuivi, les connaissances acquises dans un certain domaine, l’objet étudié, une recherche prendra une forme plus théorique ou appliquée, elle utilisera une méthode historique ou se tournera vers l’expérimentation en laboratoire, etc. Une véritable recherche combine souvent plusieurs de ces formes. On peut cependant faire quelques distinctions qui permettent de définir les différentes approches.


Recherche fondamentale ou recherche appliquée. La recherche fondamentale a pour objet de faire progresser le savoir, indépendamment de toute retombée pratique. La recherche appliquée a pour objet d’élaborer des applications pratiques à partir des connaissances scientifiques actuelles. La recherche-action est une forme de recherche appliquée qui a pour but de comprendre et d’intervenir dans un certain milieu social.


Recherche conceptuelle et théorique ou recherche empirique. La recherche conceptuelle et théorique est l’étude de différentes théories en vue de définir ou de clarifier un concept, de proposer de nouveaux concepts ou d’amender ces théories à partir des mêmes données que celles qui ont été utilisées pour les élaborer. La recherche empirique consiste plutôt à réunir de nouvelles données, à recueillir de nouveaux faits ayant pour objet de répondre à une question de recherche particulière.


Recherche quantitative ou recherche qualitative. La recherche quantitative aborde les phénomènes à l’aide d’instruments de quantification et traite les données chiffrées obtenues à l’aide de modèles statistiques. La recherche qualitative approche les phénomènes de manière systématique mais non quantitative. Elle utilise des techniques spécifiques de cueillette et de traitement de données, comme l’entrevue, l’analyse de cas ou l’observation participative.


Recherche descriptive ou recherche explicative. La recherche descriptive a pour objet de répertorier et de décrire systématiquement un certain ordre de phénomènes, d’établir des regroupements de données et des classifications. La recherche explicative a pour objet de rechercher des causes, des principes ou des lois qui permettent de rendre compte des phénomènes.


Recherche de terrain ou recherche en laboratoire. La recherche sur le terrain se déroule dans un milieu social normal, dans une institution ou un territoire donné où les chercheurs ne contrôlent pas les variables impliquées. La recherche en laboratoire se déroule dans un milieu artificiel où les chercheurs peuvent contrôler un certain nombre de variables.


Démarche à suivre

 

1. Une fois votre sujet choisi définissez le problème de recherche.

2. Formulez la question et l’hypothèse (solution présumée au problème de recherche).

3. Choisissez les instruments et définissez le plan d'expérience. (Nous tiendrons pour équivalentes les expressions «plan d’expérience» et «devis de recherche», même si dans les faits tous les devis de recherche ne comportent pas nécessairement d’expérience au sens strict du terme. Ainsi le terme «expérience» dans l’expression «plan d’expérience» doit être compris comme incluant les observations, les expérimentations, les enquêtes historiques, l’analyse de corpus, etc. Pour simplifier l’exposé, nous entendrons par plan d’expérience la manière particulière et structurée par laquelle la réalité sera étudiée. C’est une expression générique qui ne renvoie pas exclusivement aux expérimentations.)

4. Procédez aux observations, à l’expérimentation ou aux autres formes d’enquête prévues.

5. Consignez les résultats.

6. Analysez les résultats.

7. Interprétez les résultats.

8. Rédigez votre rapport de recherche.



Exercice

 

1. Imaginez un sujet de recherche donné et formulez une hypothèse de recherche.

Supposons que l’hypothèse que vous faites est confirmée.

2. Imaginez maintenant un nouveau projet de recherche qui partirait de ces résultats. Refaites cette opération trois fois.

3. Qu’observez-vous à propos de l’enchaînement de ces sujets ?

 


Plus encore !

 

Peut-on être vraiment scientifique en sciences humaines ?

 

La rigueur scientifique est un idéal qui est très difficile à atteindre. Cela est vrai en sciences de la nature, mais cela est encore plus vrai en sciences humaines. Il y a différentes raisons à cela. D’abord, il y a des limites éthiques à ce qui peut être entrepris comme recherches avec des êtres humains. On ne peut nuire d’aucune manière à des êtres humains, ni les tromper.


Ensuite, on doit considérer le fait que l’être humain est certainement l’objet le plus complexe de la nature, et donc celui dont l’étude est la plus difficile. Troisièmement, il faut considérer le fait que les êtres humains ne sont pas transparents : on ne peut pas étudier leurs pensées intimes, par exemple. De plus, ils attribuent des significations à leurs actes, différentes de celles que les scientifiques pourraient proposer. Quatrièmement, les chercheurs eux-mêmes sont humains et donc ont des intérêts et des partis pris liés à leur objet d’étude ; il leur est très difficile de garder la neutralité et l’objectivité nécessaires en bien des circonstances. Finalement, on ne doit pas oublier que les sciences humaines sont relativement jeunes par rapport aux sciences de la nature.


Toutes ces raisons font que les sciences humaines sont des disciplines complexes et que les recherches qu’on y mène sont très exigeantes. Il est donc essentiel pour un chercheur ou une chercheuse en sciences humaines d’avoir une connaissance approfondie des règles de la méthode scientifique, et de chercher à les appliquer avec le plus de rigueur possible.

 

Comment peut-on éviter certains biais ?

 

Le principe du simple aveugle vise à prémunir les chercheurs contre certains biais au cours d’une recherche. Ce principe ordonne que les sujets de l’expérience ne sachent pas s’ils sont soumis à un traitement ou non : par exemple, s’ils reçoivent un médicament donné ou s’il s’agit d’un placebo. En outre, il est préférable que les sujets ne sachent pas exactement ce que les chercheurs veulent déterminer, qu’ils ne connaissent pas précisément leurs hypothèses de travail ou leurs attentes, car ils pourraient être tentés d’y répondre par des comportements artificiels.


Le principe du double aveugle suppose que ni les sujets ni l’expérimentateur (la personne chargée d’appliquer une procédure ou d’analyser un résultat) ne savent qui a reçu un traitement et qui a reçu un placebo, par exemple : c’est là la forme classique du principe.


Plus généralement, le principe du double aveugle s’applique chaque fois que les attentes des sujets ou du chercheur peuvent influencer les résultats. Par exemple, si la recherche suppose la correction d’un test, les sujets ne doivent pas savoir quels sont les résultats attendus, ni même l’objet exact du test; et le correcteur du test ne doit connaître ni les hypothèses de recherche, ni l’identité des sujets, ni la provenance des tests à corriger: son jugement ne peut alors être biaisé par ses attentes. Il arrive fréquemment qu’une expérience menée sans précaution ne donne pas les mêmes résultats que lorsqu’on applique le principe du double aveugle, car, dans ce dernier cas, on neutralise toute possibilité de la part du chercheur de biaiser les résultats.

 

 

 


Complément à l’ouvrage Savoir plus, 2e éd.

© Les Éditions de la Chenelière inc., 2006, Savoir plus : outils et méthodes de travail intellectuel, 2e éd. 6

(Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier).